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16.12.2009
PROCES: Les révélations qui fâchent Bolloré
Ce mardi matin à Paris, des Camerounais comparaissent devant le Tribunal correctionnel dans l’affaire qui oppose Vincent Bolloré et la société anonyme Bolloré à France Inter (voir Le Messager n° 2997 du lundi 7 décembre 2009). Emmanuel Etoundi Oyono, ancien directeur général du Port autonome de Douala, Hilaire Kamga, président de l’ONG Nouveaux droits de l’Homme, Pius N. Njawé, président de Free media group (société éditrice du Messager), Jean Marc Bikoko, président de la Centrale syndicale du secteur public, et les autres ont été cités comme témoins par la partie défenderesse. La comparution de ces Camerounais fait suite à un reportage que France Inter a réalisé au Cameroun. Dans ce reportage intitulé « Cameroun, l’empire noir de Vincent Bolloré », de nombreuses « exactions » commises par les structures du groupe Bolloré au Cameroun ont été mises à nu. Ces révélations ne sont pas du goût du multimilliardaire. Le 26 juin dernier, il a fait une citation directe devant le tribunal correctionnel de Paris par l’intermédiaire de son avocat, Me Olivier Baratelli. Pour Vincent Bolloré et son groupe, les révélations contenues dans ce reportage sont jugées diffamatoires.
La citation directe devant le tribunal correctionnel de Paris, on se rappelle, a été servie à Jean Paul Cluzel, directeur de la publication, Lionel Thompson, Benoît Collombat, tous employés de la radio France Inter et producteurs de l’émission incriminée, et la société nationale de radiodiffusion. Ce à la requête de monsieur Vincent Bolloré, président du conseil d’administration de la société Bolloré, et la société anonyme Bolloré, tous deux ayant pour Avocat Me Olivier Baratelli du Barreau de Paris. Dans cette citation directe à laquelle a été jointe le script intégral de l’émission « Interception » comme pièce à conviction, les requérants demandent à la Justice de déclarer les mis en cause coupables du délit de diffamation publique envers un particulier, tous en se constituant comme parties civiles. Ils demandent entre autres de « condamner Jean Cluzel, Lionel Thompson, Benoît Collombat et la Société nationale de radiodiffusion, en sa qualité de civilement responsable, à verser la somme de 10 000 euros chacun à la société Bolloré et à Vincent Bolloré ; ordonner la publication du jugement à intervenir, par la voie d’un communiqué diffusé sur les ondes de la radio France Inter, ainsi que par la voie de la publication de cette décision dans quatre quotidiens nationaux, au choix des parties civiles et aux frais des prévenus ; condamner Jean Paul Cluzel, Lionel Thompson, Benoît Collombat, et la Société nationale de radiodiffusion, en sa qualité de partie civilement responsable, à verser la somme de 5 000 euros chacun à la société Bolloré et à Vincent Bolloré, en application des dispositions de l’article 475-1 du Code de Procédure pénale ; ordonner l’exécution provisoire du jugement à intervenir, nonobstant appel ; condamner les prévenus aux entiers dépens ».
Ces conclusions, si elles venaient à être confirmées par le Tribunal de Paris à la suite du procès de ce matin, permettraient aux requérants de recevoir des prévenus une rondelette somme de 60 000 euros, un peu plus de 39 millions de Fcfa. Cette affaire intervient après une interview accordée par Vincent Bolloré à Jeune Afrique. Dans cet entretien, le magnant annonçait notamment sa décision de répondre dorénavant au « coup par coup » devant les nombreuses attaques dont il estime son groupe victime. L’affaire l’opposant à France Inter est-elle les prémisses de la mise à exécution de cette décision ? Gare toutefois à l’effet boomerang. Le procès de Paris pourrait aboutir à un véritable déballage susceptible d’éclabousser plus d’une personne et déborder le simple cadre d’une affaire de diffamation. Pour éclairer davantage la lanterne de l’opinion sur cette affaire, nous publions ci-dessous certains extraits de l’émission « Interception » jugés diffamatoires. Nous les avons retranscrits tels qu’envoyés par la partie défenderesse comme « notification d’ordre de preuve », conduite par Me Basile Ader, avocat au Barreau de Paris.
Les révélations qui fâchent Bolloré: Premier passage Lionel Thompson
Par robert.ngono.ebode
Deuxième partie Benoît Collombat … En 1999 lorsque Bolloré obtient l’exploitation pour trente ans des chemins de fer camerounais, la Regifercam devenue la société Camrail, 603 employés auraient normalement dû être indemnisés, une ardoise de 26 milliards de Fcfa, estime alors un cabinet d’études. Un dossier que suit de très près Hilaire Kamga, le président de l’association Nouveaux droits de l’homme au Cameroun, également porte parole d’un regroupement de 167 organisations camerounaises qui prônent l’alternance par les urnes. Non seulement, affirme Hilaire Kamga, ces 26 milliards n’auraient jamais été réglés par Bolloré, mais en plus, l’Etat camerounais aurait versé 75 milliards de Fcfa au groupe Bolloré.
…C’est le peuple camerounais qui paie le prix malheureusement et c’est comme ça que nous avons pu payer, financer le voyage de Monsieur Sarkozy qui lui a été offert le lendemain de son élection. Monsieur Sarkozy a dit, ça na pas coûté aux Français mais ça a coûté aux Camerounais parce que c’est nous qui avons quand même financé. Il y a 26 milliards d’ardoise qui sont restés ici au Cameroun qui ne sont pas payés, donc on peut bien puiser là-dedans pour financer le voyage d’un président de la République et dire que les Français n’ont pas payé. Dans le cahier des charges […] le groupe Bolloré n’a rien fait du tout par rapport à ses engagements. C’est-à-dire qu’il y a pas un seul mètre du rail qui a été augmenté, il y a pas un seul wagon ou une voiture, comme on dit souvent ; de trains, qui a été ajouté, ne serait-ce que la maintenance n’a pas été faite à 30%. Il y a rien du tout, il n’a rien fait du tout en ce qui concerne le secteur transport de passagers.
Benoît Collombat
…Il n’y a pas eu d’investissement des infrastructures ?
Hilaire Kamga
…Il n’y en a pas eu du tout puisque Monsieur Bolloré pend le chemin de fer pas pour transporter les Camerounais ou les passagers qui y vont, mais il veut transporter tous les éléments dérivés du pipeline à l’époque, du pipeline…Cameroun.
Benoît Collombat
Ce que vous dites, c’est que ce qui l’intéresse c’est la logistique ?
Hilaire Kamga
C’est la logistique, ce n’est pas autre chose. Il s’en fiche totalement des investissements qui sont de nature à pouvoir améliorer la qualité de transport des passagers.
Troisième passage
Benoît Collombat
Quand vous étiez responsable du Port autonome de Douala, vous aviez notamment dénoncé certains contrats importants qui avaient été passés avec Bolloré ?
Emmanuel Etoundi Oyono :
Tout à fait. J’ai dénoncé les contrats passés avec le port en ce qui concerne la société de dragage de la côte Afrique. Il s’agit d’un contrat de la Sdca qui drague elle, n’est-ce pas, les pieds de quai. Donc, je me suis retrouvé avec un type de contrat très particulier où le port a donné sa drague à la Sdca, son port a donné son personnel, a affecté son personnel à la Sdca et le port se retrouvait facturé des prestations de dragage.
Benoît Collombat :
Des montants très importants ?
Emmanuel Etoundi Oyono :
Extrêmement importants. Donc, je me suis interposé pour dire pas question. La drague est à louer. Si Bolloré veut draguer, si Bolloré n’a pas les équipements, il doit louer la drague. Si Bolloré n’a pas de personnel et qu’il veut le personnel du port, il doit me reverser les salaires au titre des prestations que lui fournissent les personnels.
Benoît Collombat :
Ce n’est pas le cas ?
Emmanuel Etoundi Oyono :
Ce n’est pas le cas. Là, c’est des choses inadmissibles.
Benoît Collombat :
Mais finalement, vous avez dû quitter la direction du port ?
Emmanuel Etoundi Oyono :
Je ne sais pas si c’est à cause de ça que je suis parti du port. Mais de toutes les façons, je n’ai pas de conflit avec ma confiance parce que je n’ai agi que dans l’intérêt supérieur de l’Etat en ce qui concerne ces problèmes de dragage.
Benoît Collombat :
Vous pensez que le fait d’avoir dénoncé ça, ça a pu gêner les intérêts de Bolloré ?
Emmanuel Etoundi Oyono :
Ils étaient tous furieux parce que je venais d’énoncer une mauvaise situation qui a perduré et dont je ne pouvais pas m’accommoder. Vous savez, l’article 4 du décret qui organise l’activité portuaire et qui crée même le Port autonome de Douala a énoncé, n’est-ce pas, les activités éligibles à la privatisation, au rang desquelles ne figure pas le dragage. Donc en principe, le dragage ne devrait pas être donné au privé.
Benoît Collombat :
Alors, pourquoi est-ce qu’on a accordé à Bolloré ce dragage ?
Emmanuel Etoundi Oyono :
Curieusement, on a dû donc par je ne sais quel artifice, privatiser ce pan d’activité qui enlève au port toute sa substance parce que vous savez, le port a donc été dépossédé de toutes ses activités premières pour ne rester qu’une plateforme qui perçoit une taxe sur le navire. A partir du moment où quelqu’un qui a des navires doit payer cette taxe d’accostage au port et qui le drague en même temps pour facturer au port, le jeu est subtil. Ca veut dire tout simplement que tout ce qu’on lui facture au titre du navire, lui il nous le facture au titre de la prestation de dragage. Et comme ça, il annule le paiement de la taxe sur le navire pour que le port fonctionne. Je crois que le groupe Bolloré est extrêmement important.
Benoît Collombat :
Parce qu’il apparaît rarement en son nom propre, c’est par le biais de filiales, de groupes, de sous groupes ?
Emmanuel Etoundi Oyono :
Je ne vous le fais pas dire. C’est comme ça. C’est une seule tête, mais avec beaucoup de membres et chaque membre que vous voulez toucher se retrouve avec tout un corps qui est le même. Il est d’une importance qui peut m’inquiéter moi. Economiquement, il peut paralyser le pays le moment venu. C’est ça le risque.
Quatrième passage
Edouard Tankwe :
… Donc ça veut dire que s’il y a du travail, vous avez 500 Fcfa plus 2 750 Fcfa. Ça fait 3250 Fcfa. C’est l’équivalent de 5 euros. 5 euros pour 400 tonnes dans la journée. Vous voyez ça. Et si je vous dis que si vous examinez 80% de dockers, la majorité ont des hernies parce que pas de visite médicale, pas de soins de santé.
Benoît Collombat :
Ils ont des hernies, des problèmes de dos ?
Edouard Tankwe
De dos et de tout cela. C’est à leurs risques et périls. Il n’y a pas de couverture sociale.
Benoît Collombat :
Mais alors, qu’est-ce qui se passe quand vous saisissez l’autorité, les responsables de Bolloré ?
Edouard Tankwe :
Quand on saisit les responsables de la société Bolloré, la tentative, c’est de vous intimider.
Benoît Collombat :
Par exemple ?
Edouard Tankwe :
Par exemple, on vous convoque à la police, même si on ne le fait pas par écrit, on vous le fait très poliment parce qu’on est des gentlemen, et n’oubliez pas qu’au Cameroun, il y a différentes sortes de police. La police des renseignements généraux comme partout ailleurs, elle n’a pas besoin de forces cœrcitives. Quand vous y allez et que vous découvrez que c’était une tentative d’intimidation, si vous n’êtes pas capable de vous défendre, je crois que la prochaine chose que vous faites c’est que vous vous taisez. Il n’y a pas de dialogue possible. Ici au Cameroun, le droit du travail n’est pas respecté chez Bolloré. Et je dirais même pour la plupart des entreprises étrangères installées au Cameroun, c’est presque un sport national. C’est un sport national comme les Lions indomptables aussi en droit de travail.
Cinquième passage
Bébé :
Prenons les gens qui coupent, ces gens-là ne sont pas protégés : pas de casques, parce qu’on a déjà eu peut-être deux victimes comme ça, un type qui avait l’œil avec le flux qui est sorti et qui a frappé sur son œil. Il a perdu l’œil.
Benoît Collombat :
Pas de protections ?
Bébé :
Pas de protections. Comme ça, je peux citer les bottes, les casques et les gens tout ça. Chez les porteurs, un régime qui pèse peut-être 30 à 25 kilos, ils poussent ça dans la brouette, dans les marécages, il y a les souches et tout ça pèse. Et sur ce régime, on lui paie 17 Fcfa.
Benoît Collombat :
Donc ça fait l’équivalent de 1 centime d’euros, autant dire que c’est rien.
Bébé :
Voilà, c’est rien, c’est rien. Bon, tu voies comme les gens-là sortent du travail, on part peut-être à 5h00 du matin et on rentre vers les 14h00. Quelqu’un a poussé peut-être 200 régimes. Il a déjà fini. 200 régimes, ça lui fait combien d’argent ? Peut être une somme de 2 200 Fcfa. Il va manger quoi ? Il va payer le loyer avec quoi ? Il va nourrir sa famille avec quoi ? La santé même, la santé, il n’y a pas de couverture sociale.
Benoît Collombat :
Les conditions de logement, elles sont comment ?
Bébé :
J’ai d’abord quatre enfants avec une femme, une chambre, une chambre voilà.
Benoît Collombat :
Pas de latrines, pas de toilettes ?
Bébé :
Pas de latrines. Tout est bouché.
Benoît Collombat :
Et pour la douche, vous faites comment ?
Bébé :
On se débrouille à aller chercher là où l’eau coule.
Benoît Collombat :
C’est-à-dire ?
Bébé :
Sur la petite rivière là. Pour se laver, mais bon, ma femme, on attend la nuit et si elle veut se laver, elle attend là où c’est un peu l’obscurité, elle se lave.
Benoît Collombat :
Et la Socapalm n’a pas envisagé de mettre des installations, des sanitaires, des douches ?
Bébé :
Je crois qu’ils ne pensent pas, ils ne pensent pas, vu que j’avais déjà écrit. Ca fait déjà un an.
Benoît Collombat :
Vous avez demandé ?
Bébé :
J’ai demandé et pas de suite. La société prend le palmier plus important que l’homme qui travaille pour le palmier. On doit faire comment ? On doit supporter. Si c’est pour la conclusion, je crois que vous avez déjà conclu. Si je vous dis que nous subissons un esclavage modernisé ici à la Socapalm.
Benoît Collombat :
Un deuxième employé de la Socapalm confirme à notre micro ces conditions de travail. Lui aussi vit sur la plantation avec sa femme et ses trois enfants. L’homme travaille depuis onze ans pour la Socapalm qu’il compare à une prison. Si on a privatisé la Socapalm, dit-il avec colère, on n’a pas privatisé les Camerounais. Des témoignages similaires figurent également dans un mémoire très documenté, publié en 2008 par l’Université de Barcelone.
Sixième passage
Benoit Collombat :
Alors Pius Njawé, quels sont les liens entre Vincent Bolloré et le pouvoir camerounais ?
Pius Njawé :
Je dirais que c’est des liens suffisamment poussés. Le voyage de Monsieur Biya en France je crois en octobre 2007, on a vu le rôle que Bolloré a joué tout au long de ce voyage. Je dis il lui a ouvert un certain nombre de portes, la grande interview à France 24, l’interview de Biya à la Une de son journal gratuit distribué en France. Je pense que cela a un prix qu’il faut payer et traduit l’implantation de Vincent Bolloré au Cameroun.
Benoît Collombat :
Qu’est-ce que vous diriez sur l’implantation de Vincent Bolloré au Cameroun aujourd’hui ?
Pius Njawé :
Je dirais tout simplement que c’est une sorte d’Etat dans l’Etat. Mais vous savez comment ça fonctionne, Bolloré prend à droite, redonne un peu à gauche, à travers la Fondation Chantal Biya…
Benoît Collombat :
La Fondation de l’épouse du Président camerounais Paul Biya
Pius Njawé :
Tout à fait. Cette Fondation qui a bénéficié de gros soutiens de Bolloré. Bolloré a bien compris qu’en tenant la femme du Président, on tient le Président et donc on tient le Cameroun. Il en use et abuse à sa guise. Bolloré, c’est une illustration parfaite de la Françafrique, c’est-à-dire cette manière pour les dirigeants français de passer par des réseaux et des personnages des fois assez bizarres pour faire main basse sur des secteurs importants de l’économie africaine.
Benoît Collombat :
S’appuyant sur des anciens des services secrets par exemple.
Pius Njawé :
Absolument. Bien sûr, on a le cas de Roussin, Michel Roussin qui est vice président du groupe Bolloré qui est président du Medef international.
Benoît Collombat :
Ancien directeur de cabinet de Jacques Chirac à la mairie de Paris, ancien ministre de la Coopération.
Pius Njawé :
Tout à fait. Donc, vous avez des personnages comme ça qui jouent des rôles troubles. Donc, je pense qu’il est tout puissant Bolloré et je pense que cela ne peut être possible que dans des Républiques bananières comme les nôtres où on permet à chacun de venir faire ce qu’il veut parce qu’il a une couverture en haut lieu.
Benoît Collombat :
Une influence de Bolloré sur la société et la vie camerounaise, confirmée par l’Evêque catholique traditionaliste, Monseigneur Justin Mbetebe
Justin Mbetebe :
Même au sein de l’église, nous avons un prêtre qui a sa radio, qui a été financé par Bolloré et que cette personne est proche des instances, des hautes instances républicaines de la hiérarchie. Donc, on comprend un réseau complexe par rapport à Bolloré.
Benoît Collombat :
Il finance également des hommes d’église, des actions d’hommes d’église ?
Justin Mbetebe :
Oui. Je dis qu’il y a toute une radio, une radio reine. Et quand les émetteurs de la radio ont brûlé, c’est lui qui a réoffert les émetteurs et chaque chose. Nous s sommes en Afrique. Si vous avez un ami et qu’il vous fait une faveur, vous lui retournez l’ascenseur d’une manière ou d’une autre.
Benoît Collombat :
Est-ce que la main mise d’un groupe comme Bolloré pour vous d’une certaine façon, c’est le prolongement du colonialisme, mais sous d’autres formes ?
Jean Marc Bikoko :
C’est absolument le prolongement du colonialisme parce qu’il assure les gouvernants en place. A partir du moment où on leur a donné des intérêts précis pour les préserver, il faut maintenir celui qui leur a permis d’accéder à ces intérêts. Donc, aussi longtemps que nous serons les secteurs de l’économie camerounaise dans les grands groupes comme Bolloré, ça sera le statu quo politique et tout ce qu’on dira, élections et autres ne servira à rien. Et là, notre pays, depuis plus de 15 ans, 20 ans, est un volcan endormi. C’est-à-dire que la population est totalement en déphasage avec les gouvernants. C’est-à-dire que les Camerounais ne se reconnaissent pas dans leurs dirigeants et dans leurs actions aujourd’hui et nous pensons que si demain, vous les journalistes, vous apprenez qu’il y a explosion sociale au Cameroun, ça ne sera pas parce qu’on n’aura rien fait. On l’aura vu avant, mais comme on n’a pas le rapport de force nécessaire pour inverser la tendance, comme on n’a pas un pouvoir au service de la population, on attend simplement l’hécatombe. Nous, on se bat comme on peut. Mais, nous sentons bien que notre capacité à nous seuls à inverser la situation même au niveau de la fonction publique, on se bat près de 20 ans, depuis 17 ans pour qu’on augmente les salaires. On a fait des manifestations devant l’Assemblée nationale, il y a quelques années. Le Président n’a pas réagi. Mais il a fallu quelques émeutes de la faim en février pour qu’il vienne augmenter 15%, après 15 ans de 70% de baisse. Alors 15%, comprenez que ce n’est rien, alors que les études que nous avons faites ont montré qu’il fallait augmenter les salaires de plus de 100%.
Benoît Collombat :
Donc vous parlez du Cameroun comme d’un volcan endormi et donc pour vous qui peut se réveiller à tout moment ?
Jean Marc Bikoko :
A tout moment et on a vu la preuve en février 2008, les émeutes de la faim. Or, personne ne pouvait s’attendre à ce que notre Président a dit, tant que Yaoundé respire, le Cameroun vit. Et ce jour là, Yaoundé, la respiration a été coupée, en une journée, le 27 février 2008, tout s’est arrêté et ce qui s’est produit là, comme les mêmes causes produisent les mêmes effets, et les mêmes causes pour nous, on s’attend à ce qu’un jour, le volcan Cameroun rentre en explosion, en éruption.
Lionel Thompson
Nous avons sollicité à plusieurs reprises les responsables du groupe Bolloré pour qu’ils répondent aux accusions que vous venez d’entendre.
Par robert.ngono.ebode, Le Messager
Bolloré attaque France Inter suite a un reportage sur ses activités au Cameroun
Procès en diffamation de Bolloré contre France Inter, ou comment intimider les médias qu´on ne peut pas contrôler ?
Communiqué de Survie, le 15 décembre 2009
Devant les révélations qui se multiplient sur les pratiques du groupe Bolloré en Afrique, Vincent Bolloré contre-attaque par voie judiciaire. Une manière de prévenir tous ceux des journalistes et militants associatifs, français et camerounais, qui enquêtent sur ses activités africaines ?
Ce mardi 15 décembre, France Inter, Lionel Thompson (producteur) et Benoît Collombat (journaliste) sont cités à comparaître pour diffamation publique devant la 17ème Chambre correctionnelle du tribunal de grande instance de Paris.
La raison ? Le 29 mars 2009, France Inter diffusait dans le cadre de l’émission Interception, à de multiples reprises primée pour sa qualité, « Cameroun, l’empire noir de Vincent Bolloré ». Un reportage riche en témoignages sur les entreprises Bolloré au Cameroun: gestion du chemin de fer, dragage du port, gestion des plantations de palmiers... C’était un éclairage supplémentaire sur les pratiques du groupe Bolloré après les nombreuses accusations de violation des droits sociaux, déforestation ou pollution environnementale portées par Survie, des personnalités (1) et ONG françaises (2) et camerounaises.
Après avoir investi dans le contrôle direct de la presse écrite et audiovisuelle (Direct 8, Direct Soir…) ou indirect via ses annonceurs (par exemple Havas), le groupe Bolloré, soucieux de préserver l´image de ses juteuses activités africaines, opte aujourd´hui pour la stratégie d´intimidation à l´Ã©gard des médias et journalistes qui délivrent encore à son sujet une information fiable et indépendante.
Atteint dans « son honneur », Bolloré n’est pourtant plus si pressé d’en découdre. Alors que la défense fait appel à des employés du groupe Bolloré, syndicalistes, journalistes, organisations de défense des droits de l’Homme et même hauts cadres de l’administration camerounaise ayant traité avec le groupe Bolloré, celui-ci a demandé, sans succès, le report de l´audience, espérant visiblement limiter la présence de ces témoins camerounais (3). Peur d’un grand déballage ? Curieux hasard: l’un des témoins s’est même vu refuser le visa d’entrée en France alors qu’il y voyage très régulièrement, et surtout, qu’il est cité à comparaître !
L’association Survie dénonce ce nouvel exemple d´instrumentalisation de la Justice pour étouffer l´information liée au pillage françafricain, à l´instar des procès subis par Survie, Denis Robert ou encore les auteurs et éditeurs de Noir Canada outre-Atlantique. Alors que le groupe Bolloré s’en prend au devoir d’informer des journalistes, il est important de rappeler que la liberté de la presse est un pilier non négociable de la démocratie, surtout lorsque sont mis en cause des pouvoirs économiques proches de l’exécutif.
(1) Eva Joly, Présidente de la Commission du Développement au Parlement Européen, l’a classé en bonne place parmi les pilleurs françafricains du continent
(2) Le groupe Bolloré s’est notamment vu attribuer le mois dernier la première place du « Prix Pinocchio du développement durable », catégorie « Droits humains », décerné chaque année par les Amis de la Terre.
(3) Pius Njawé, directeur du journal Le Messager, Emmanuel Etoundi Oyono, actuel directeur de la Mission d’aménagement et d’équipements des terrains urbains et ruraux (Maetur), Hilaire Kamga, président de l’ONG Nouveaux droits de l’homme, Edouard Tankoué, secrétaire général du Syndicat national des inscrits maritimes et assimilés du Cameroun et Jean Marc Bikoko, président de la Centrale syndicale du secteur public.
Contact presse: Olivier Thimonier, olivier.thimonier@survie.org Tél. : 01 44 61 03 25
PARIS - 15 DEC. 2009 © Olivier Thimonier (Survie) | Correspondance
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